Ayant essayé plusieurs fois d’intégrer cet univers, il finit par y trouver sa place à partir de 2021. Depuis, le petit garçon de 12 ans a, d’une certaine manière, réussi à atteindre son rêve. Mais l’histoire ne s’arrête pas là. L’enfant avait un rêve ; l’adulte qu’il est devenu en a désormais d’autres.
C’est avec beaucoup de plaisir que notre équipe a partagé ce moment d’interview avec Rolland Raman, pour découvrir son parcours, son rapport à l’acting, à la réalisation, mais aussi cette passion qui l’accompagne depuis plusieurs années.
Premiers pas dans le cinéma
Rien qu’à travers son récit, on comprend que le cinéma n’est pas arrivé par hasard dans la vie de Rolland. Le rêve commence à Antsirabe, lorsqu’il est encore enfant. Il regarde Jacky Chan, Leonardo DiCaprio dans Titanic et d’autres films avec cette fascination particulière que peuvent avoir les enfants devant un écran. Mais là où certains se contentent d’admirer les acteurs, Rolland commence déjà à imaginer qu’il pourrait, lui aussi, faire partie de cet univers.
À l’époque, les moyens manquent pourtant pour lui permettre de partir à Antananarivo et de tenter sa chance. Sa mère essaie malgré tout de chercher des contacts dans le milieu. Puis le temps passe et le rêve finit presque par disparaître. Jusqu’en 2011, lorsqu’un casting lui donne une nouvelle occasion. Il se rend à Tana et cette expérience marque véritablement le début de son aventure. Le parcours est loin d’être facile : son premier casting se termine par un refus et il avoue avoir failli abandonner. Mais avec le recul, ce n’est pas le fait de ne pas avoir été retenu qu’il considère comme son véritable échec. Pour lui, le véritable échec aurait été d’abandonner.
À partir de 2022, les expériences s’enchaînent davantage. Il fait des allers-retours entre Antsirabe et Antananarivo pour participer à différents projets et commence à multiplier les expériences d’acting. Puis vient Game Over, son premier court métrage réalisé à l’EKAA. Lorsqu’il le voit projeté à l’IFM, quelque chose se passe : face à l’écran, il redevient ce petit garçon de 12 ans qui rêvait de cinéma. Cette fois, le rêve n’est plus seulement dans son imagination. Il est devant lui, projeté sur grand écran.
Se donner les moyens
Beaucoup de jeunes attendent parfois d’avoir les bonnes conditions avant de commencer. Il faut que le projet soit parfait, que l’on ait suffisamment d’argent, suffisamment de matériel, suffisamment de connaissances… et finalement, on ne commence jamais.
Le parcours de Rolland raconte quelque chose de différent. Il a commencé avec les moyens dont il disposait et a saisi les opportunités qui se présentaient à lui. Les améliorations sont venues progressivement, avec l’expérience et les rencontres. Une philosophie qu’il résume simplement : « Aza miandry tonga lafatra », autrement dit, ne pas attendre que tout soit parfait pour se lancer.
Se donner les moyens signifie aussi accepter certains sacrifices. À un moment de son parcours, Rolland reçoit une opportunité de partir travailler à Maurice. Tout était déjà prêt. Pourtant, il choisit finalement de rester pour poursuivre ses rêves plutôt que de privilégier la stabilité financière. Il savait que ce choix pouvait être difficile, et il l’a été. Pour autant, il ne regrette pas cette décision. S’il avait accepté ce contrat, il pense qu’il aurait pu avoir le sentiment d’être prisonnier d’une situation qui ne correspondait pas à ce qu’il voulait construire.
Pour Rolland, lorsqu’un rêve compte réellement, il faut chercher les moyens de lui donner une chance d’exister. Et surtout, il faut commencer. On peut apprendre ensuite, corriger, recommencer et améliorer son travail au fur et à mesure.
Acteur au-delà des scripts
Pour quelqu’un qui ne connaît pas le cinéma, être acteur peut sembler assez simple : apprendre un texte, jouer devant une caméra et recommencer jusqu’à obtenir la bonne prise. Pourtant, derrière cette apparente simplicité se cache un véritable travail sur soi.
Rolland compare l’acting au fait de porter un vêtement : on le porte pour l’occasion, puis on l’enlève. Il existe des techniques permettant d’entrer dans un personnage et d’en sortir. Le but n’est donc pas de devenir réellement le personnage que l’on interprète, mais de comprendre sa manière d’être, ses émotions et ses réactions pour pouvoir les restituer de manière crédible.
Son passage par l’EKAA, école et agence de représentation artistique, lui a notamment permis d’apprendre à mieux se regarder. Sa posture, sa manière d’exprimer la colère ou la tristesse, sa façon de se comporter avec les autres : autant de choses auxquelles on ne pense pas forcément lorsque l’on regarde simplement un film. L’acting apporte ainsi bien plus que des compétences artistiques. Il travaille la confiance et sa propre manière d’être.
Et une première expérience à l’écran reste particulièrement symbolique. Dès qu’il a vu l’écran, il raconte être redevenu son « petit moi » et avoir oublié tout ce qui se trouvait autour de lui. Les critiques et les regards du public, eux, sont venus plus tard. Aujourd’hui, il a participé à plusieurs courts métrages ainsi qu’au long métrage Mandrakizay Doria, qui représente aussi une rencontre entre deux de ses grandes passions : le cinéma et la magie.
Les complexités du cinéma
« Show, don’t tell ». Une expression bien connue dans la narration, mais qui peut sembler très simple pour quelqu’un qui découvre le cinéma. Pourtant, derrière une scène évidente à l’écran, il y a souvent beaucoup de réflexion et de travail. Le public voit un résultat final. Il voit les acteurs, les décors, les images et entend les dialogues. Mais avant cela, il faut écrire, réfléchir à la mise en scène, construire les personnages, choisir les images, organiser le tournage, travailler avec les équipes, puis passer par toute la phase de postproduction.
Pour Rolland, l’image doit pouvoir raconter quelque chose avant même que les dialogues arrivent. Ses idées peuvent d’ailleurs commencer par une photographie, une musique ou un paysage qu’il trouve particulièrement cinématique. Il imagine d’abord des images, parfois même une histoire sans dialogue, puis il construit progressivement le récit autour de celles-ci. Les dialogues viennent ensuite, notamment pour exprimer ce qui n’est pas directement montré.
C’est aussi ce qui l’a progressivement amené vers la réalisation. Il a commencé comme acteur et reste d’ailleurs plus attiré par l’acting que par la réalisation, notamment parce que cette dernière demande de gérer toute une dimension technique. Mais petit à petit, il explore aussi ce qui se passe derrière la caméra.
La magie occupe également une place importante dans son parcours. Bien avant le cinéma, Rolland s’intéressait déjà à l’illusionnisme.Le passage de la magie au cinéma s’est presque fait… comme par magie. Un spectacle devait avoir lieu, mais il a été annulé. Cette annulation l’a finalement conduit vers une rencontre avec l’EKAA et vers le cinéma. Quelques années plus tard, il réussit à réunir les deux univers puisqu’il va souvent intérpreter un magicien.
Les mots de la fin …
Derrière les quelques minutes que nous voyons à l’écran se cache un univers beaucoup plus vaste. Des impossibles rendues possibles, des sacrifices, du temps, des compétences et beaucoup de défis. C’est peut-être cela que Rolland cherche aussi à transmettre : le cinéma n’est pas seulement ce que l’on voit. Mais un rêve ne devient pas forcément réalité en un seul grand saut. Parfois, il suffit de commencer par un petit pas. Et peut-être qu’un jour, en regardant ce que l’on aura construit, on pourra à notre tour se dire : « Le petit moi aurait été fier. »
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